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du Journal SUD OUEST

Girondins 2008-2009
Dans les coulisses du club bordelais avec la rédaction sportive de “Sud Ouest”

Girondins : Les années 80

LESANNÉES 80. Patrick Battiston fut l’un des héros des Girondins multi-titrés. Pourtant, il était venu à Bordeaux sans enthousiasme, sans savoir qu’il finirait par s’attacher pour toujours au club et à sa région

Une vraie décennie dorée

battiston«Moi, je leur ai dit, aux Lacombe et autre Giresse, qu’il fallait que j’arrive pour que Bordeaux soit champion ! » Patrick Battiston, le malicieux, plaisante encore de cette coïncidence, qui le vit arriver en Gironde à la veille de la première saison triomphale de l’ère Claude Bez, en 1983-1984. Comme si les talents patiemment réunis depuis 1979 avaient eu besoin de son aisance, de sa solidité défensive pour s’épanouir totalement et constituer la plus redoutable armada de Division 1.

Et pourtant, le défenseur lorrain ne vint en Aquitaine qu’à contrecoeur, parce que la présence de

Trésor, Specht et Rohr semblait ne lui garantir qu’une place de latéral dont il ne voulait plus, pour s’être découvert à Saint-Etienne de vraies qualités de défenseur central.

« Je suis venu quand même mais au bout d’un mois et demi, je voulais repartir », témoigne-t-il. « Je ne me sentais pas vraiment bien, j’avais du mal à trouver mes marques. Mais Claude Bez m’a persuadé de rester. »

Specht le compère. Au fond, sa façon d’être, son élégance naturelle rimaient joliment et sans qu’il s’en aperçoive, avec les valeurs de la région. Se souvient-on aujourd’hui que l’homme est né à Amnéville ?

Il suffit que Marius Trésor se blesse pour que tout démarre. Aimé Jacquet pensa aussitôt à Battiston pour le remplacer. « Je me demandais si j’allais être à la hauteur », glisse-t-il. « Ce n’était pas évident de suppléer un tel personnage. Marius, c’était mon ange gardien. Quand j’ai débuté en équipe de France au poste d’arrière droit, il m’avait dit : tout ce qui est devant, c’est pour toi, tout ce qui est derrière, tu ne t’en occupes pas. Je suis donc resté à Bordeaux, mis à part deux ans pendant lesquels je suis parti à Monaco. »

Le Lorrain était alors associé à Léonard Specht, formant une impeccable charnière devant Dominique Dropsy. « Il jouait à gauche et moi à droite. À l’époque, il était le stoppeur, moi le libéro. Puis, nous avons évolué vers une défense à plat. Nous nous sommes très bien entendus, peut-être parce que nous venions tous les deux de l’est de la France. Pendant les matches, il nous arrivait même de parler en Allemand. »

Patrick Battiston vécut intensément la plus belle époque des Girondins de Bordeaux, qui doit beaucoup, selon lui, à l’ambiance qui régnait dans l’équipe. « Nous vivions bien ensemble, nous éprouvions beaucoup de respect les uns pour les autres, nous avions envie de travailler et de progresser ensemble, c’était l’une des clés de notre réussite », glisse-t-il. « Et puis, nous étions dirigés par Aimé Jacquet et Bernard Michelena : c’était vraiment le top. »

Des matches joués pendant les années 80, Patrick Battiston garde surtout le souvenir de celui qui offrit le premier titre de leur histoire aux Girondins, en mai 1984, comme les joueurs de 99 se souviennent du match du Parc des Princes. C’était à Rennes, face à la lanterne rouge, une rencontre qu’il importait absolument de remporter, pour devancer Monaco qui comptait le même nombre de points, mais une différence de buts moins favorable. « Nous sommes allés chercher la victoire. Même si Rennes était relégué, ce fut un match très tendu. Mais nous n’avons rien lâché. Je me souviens de l’arrivée à Mérignac. Il y avait une foule énorme à l’aérogare, sur les parkings. »

La référence Bilbao. L’autre événement qui reste très fortement ancré dans la mémoire du héros malheureux de Séville, fut un match européen. Mais, parce que l’élimination se trouvait au bout de la route, il ne s’agit pas du célèbre retour face à la Juve, en dépit du but qu’il marqua ce jour-là. Lui se souvient surtout de la double confrontation avec Bilbao, dirigé par Javier Clemente, au premier tour de la Coupe des

Clubs champions 1984-1985.

« Nous avions gagné 3-2 chez nous, face à une équipe de Bilbao championne d’Espagne. C’était insuffisant pour le match retour. J’avais commis une grosse bêtise, en laissant passer l’un des joueurs adverses sur l’un des buts. Mais ensuite j’avais marqué et fait marquer Bernard Lacombe. On ne donnait pas cher de notre peau au match retour. Mais nous sommes allés faire 0-0 au Pays basque en étant très solide. Ce fut un match fondateur. »

Quant à la victoire en finale de la Coupe de France en 1986 aux dépens de Marseille (2-1 a.p), citée par beaucoup de joueurs bordelais comme l’un des grands moments de leur carrière, lui ne la place pas au premier rang de ses meilleurs souvenirs, parce qu’elle est trop liée à un moment douloureux de sa vie. « Je venais de perdre mon père », explique-t-il. « Or il venait toujours au Parc des Princes avec son frère et mon frère. Ils étaient toujours trois. J’étais très perturbé par son absence et j’ai joué dans un état second car j’ai passé le match à le chercher dans les tribunes. »

Quand il partit à Monaco, les Girondins éprouvèrent un tel manque qu’ils voulurent le récupérer au bout d’un mois. Il resta deux ans en Principauté, avant de revenir s’installer définitivement dans une région où il avait fini par se sentir chez lui.


Légende de la photo : 1983-1984. Patrick Battiston avec Zénier, Audrain, Tigana et Trésor s’offrent un tour d’honneur après le titre de champion PHOTOARCHIVES SUDOUEST


: Thierry Vautrat



 

 

PatrickBattiston

Né le 12mars 1957

à Amnéville.

Taille 1,82m.

Matches de L1 558

(38 buts).

Sélections 56 (3 buts).

Clubs successifsMetz (1973

- 1980) ; Saint-Etienne (1980 -

1983) ; Bordeaux (1983 -

1987) ;Monaco (1987 - 1989) ;

Bordeaux (1989 - 1991).

Palmarès champion

de France deD1 (1981, 1984,

1985, 1987, 1988), Coupe de

France (1986, 1987) ;

champion d’Europe 1984.

Lesannées1980

1979-1980 : 6e

1980-1981 : 3e

1981-1982 : 4e

1982-1983 : 2e

1983-1984 : champion de France

1984-1985 : champion de France,demi-finale Coupe des clubs champions face à la Juventus

Turin (0-3, 2-0)

1985-1986 : 3e et vainqueur de La Coupe de France face à Marseille (2-1 a.p).

1986-1987 : champion de France, vainqueur de la Coupe de France face à Marseille (2-0);demi-finale de la Coupe des Coupes face à Leipzig (0-1, 1-0 défaite aux tirs au but).

1987-1988 : 2e

1988-1989 : 13e

1989-1990 : 2e

Les grandes figures

Dropsy, Thouvenel, Specht,

Tigana, Girard, Battiston, Trésor,

Rohr, Giresse, Chalana,

Tusseau, Lacombe, Zlatko et

Zoran Vujovic, Ferreri, Vercruysse,

Touré, D.Müller, Roche,

Fargeon…



giresse orchestre

 

Alain Giresse, ici en compagnie de René Girard, Léonard Specht et Gernot Rohr, était le parfait chef d’orchestre de la grande équipe des Girondins championne de France en 1984-1985, également demi-finaliste de la Coupe d’Europe des clubs champions cette saison-là.

 


girondins 80
la grande équipe des Girondins championne de France en 1984-1985, également demi-finaliste de la Coupe d’Europe des clubs champions cette saison-là.


jacquet

Aimé Jacquet et Bernard Michelena



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